¡Alipuncha! C'est le bonjour en Kichwa (Quechua en espagnol). Après une semaine d'attente, vous êtes peut-être impatients de connaître notre aventure dans la forêt amazonienne, loin du confort de notre vie occidentale et entourés de paysages somptueux et d'animaux bizaroïdes...
Après 7h de bus pour parcourir les trajets Quito-
Tena, où commence l'
Oriente (Amazonie) et Tena-
Ahuano, nous embarquons dans une pirogue sur le fleuve
Napo, puis nous marchons à travers la fôret jusqu'a rejoindre la communauté de
Río Blanco, au sein de laquelle nous allons séjourner. On est d'abord accueilli par un orage ( n'est pas dangereux de marcher dans une forêt quand il tonne?) avant d'être accuilli par la famille Yumbo: Veronica et Ventura, les parents ont 7 enfants, dont 3 vivent à Río Blanco: Javier, Ilver et Shila, la petite dernière de 3 ans. La maison est en bois, avec beaucoup de trous et beaucoup d'insectes, sans fenêtres (comprenez : sans chassis ni vitres), et la cuisine se fait au feu de bois. Depuis un mois, la famille bénéficie de 2-3 heures d'électricité par mois, depuis que Ventura a acheté un petit groupe électrogène qui permet d'éclairer la cuisine et l'atelier pendant l'heure du souper (la nuit tombe à 6h ici). Le rez-de-chaussée sert d'atelier et de rangement du materiel (outils, bois,...) et accessoirement de poulallier. Hé oui, tout est ouvert donc les animaux peuvent entrer, tant les poules que les serpents...
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| La maison de la famille qui nous accueille |
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| Fanny en extase devant les murs en quasi papier-maché |
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| Javier et 2 de ses boas constrictors ! |
Lors de notre première ballade avec Javier et Ilver, nous trouvons un
caracol (escargot) gros comme ma main! Veronica l'a cuisiné (après l'avoir ébouillanté vivant). D'habitude je ne suis pas très difficile avec la bouffe (pas encore malade depuis un mois, touchons du bois, alors que je n'hésite pas à mager et boire dans les buis-buis), cette fois j ai vraiment eu du mal à avaler l'escargot. Faut dire que l'aspect "boyaux" et surtout intérieur des boyaux ne mettait pas l'eau à la bouche; et la bave et le côté caoutchouteux ne m'ont pas encouragée à achever tout le plat (j'ai donné la fin discrètement à Javier, pas mécontent d'en avoir un peu plus).
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| Romain s'apprête à manger notre première "rencontre" |
Pendant cette semaine, nous avons alterné travail et loisirs: récolte du cacao, de la yuka (manioc), du maïs, de coeur de palmier et des fruits de la selva (uvas, guavas, ananas, bananes, papaye), orpaillage, pêche, cuisine, baignade, artisanat... et même menuiserie! En recoltant le cacao, Javier parvient à attrapper un
armadillo. Très bon quand il est grillé! Shila, à 3 ans, est déjà capable de récolter la yuka, de chercher de l'or et de balayer la cuisine!
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| Javier explique à Fanny comment récolter le cacao |
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| Veronica casse les coques de cacao tandis que Shila mange la pulpe des grains |
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| Retour des "cultivateurs", machette à la main et paniers remplis |
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| Ilver et Romain portent les paniers à la manière kichwa |
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| L'armadillo, deuxième rencontre bizaroïde, deuxième souper ! |
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| Fanny s'est évidemment essayé à l'orpaillage (et a trouvé la plus grosse paillette !) |
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| Romain se met à la pêche (et il prendra trois poissons-chats !) |
Niveau cuisine, justement, j'ai appris à éplucher les patates avec un couteau énorme et ce dans le noir (eh oui, en attendant que Ventura lance le groupe électrogène, on se débrouille comme on peut à la lueur d'une simple bougie), à étriper un poisson, à cuisiner la banane plantin, à cuisiner des poissons de rivière minuscules... Ca m'a rappellé quand Brice pêchait des poissons qu'on donnait à manger au chat car ils étaient tout petits. Ici rien ne se perd, tout se mange! On mange des poissons de 5 cm de long; on croque les os du poulet pour en dévorer la moëlle. Petite anecdote: je brosse la cuisine après avoir broyé du maïs pour en faire une boisson (j'en avais mis partout) et je demande à Veronica s'il y a une ramassette. Elle me répond: "
mets les crasses à travers les trous du plancher, pour les poules..."
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| Romain, Javier et Ilver déjeunent dans la cuisine ... |
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| Préparation de la chicha (alcool à base de yuca) |
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| Fanny broye le maïs pendant que Veronica s'occupe de ses casseroles sur le feu |
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| Ilver prépare la soupe |
La séance de menuiserie n'était pas triste non plus! Je vous raconte... Pour la grande assemblée qui aura lieu en janvier, la communauté a besoin de nouveaux bancs. Du coup tous les hommes, et moi, s'y sont mis. En tout, on a fait 20 bancs et une table, et ce en une matinée. Par contre, mon prof de menuiserie deviendrait fou ici! On cloue, scie et tronçonne à... pieds nus. Alors finalement ne pas scier d'équerre n'est pas vraiment une priorité...
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Dans l'église du village transformée en atelier de menuiserie, les bancs se multiplient rapidement
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Pour ceux qui cherchent un bon moyen pour arrêter de manger du chocolat, lisez ceci : savez-vous que quand on récolte le cacao, chaque cosse de cacao passe d'abord par la bouche d'un des cultivateurs? Et oui, autour du grain, il y a une pulpe un peu sucrée que l'on suce avant de rejeter la fameuse graine, qui ensuite va fermenter pendant plusieurs jours au contact de divers insectes... Et l'odeur âcre qui se dégage de la fermentation du cacao (Veronica l'a fait sêcher devant la fenêtre de notre chambre, sur le plancher) ne donne pas l'eau à la bouche. Enfin il me faudra plus que ça pour ne pas mager de chocolat...
Ce séjour dans la selva m'a donné la bouffée d'oxygène dont j'avais besoin. Quel plaisir de vivre en groupe, de manger ce qu'on a récolté, de revenir aux choses simples de la vie finalement.
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| Ventura et la petite Shila reviennent au village |
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| La petite Shila et sa grande soeur d'une semaine |
Cependant, la vie est parfois difficile au sein de la communauté. Les conditions sont rudes. Veronica, 48 ans, âge de ma maman, en paraît 20 de plus. Sa maman, 98 ans, vit alitée depuis 4 ans dans la maison d'à côté; elle ne peut plus bouger et ici les chaises roulantes n'existent pas. Et puis il y a l'histoire de Carmen, mon âge, qui me raconte son histoire la larme à l'oeil. Déjà maman de deux petites filles de 8 et 6 ans, elle ne trouve pas sa place entre l'envie des conditions de vie de la ville et la vie au village qu'elle a quitté il y a longtemps avec ses coutumes et traditions qu'elle oublie peu à peu avec son compagnon macho. Elle est revenue vivre au village, faute de trouver du travail à la ville, et a laissé ses deux petites filles à sa maman, car selon son compagnon (elle insiste : ce n'est pas son mari, il ne veut pas se marier), l'enseignement dans le village n'est pas bon. Sa lueur d'spoir : aller vivre dans la région de Manabi (province du sud-est du pays où l'on retrouve notamment Puerto Lopez et le parc Machalilla), d'où vient son compagnon, et ouvrir un petit commerce là-bas. Elle se rassure elle-même: "
ce sont des gens bien, sa famille, ils ont une voiture..."
Fanny
PS : une dernière anecdote pour la route ... et en parlant de route : quand les pluies diluviennes s'abattent sur le village (comme c'est arrivé mardi soir), voilà ce qu'il peut arriver ... :
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| Le rio a tout emporté sur son passage... même la route ! |