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samedi 10 décembre 2011

Une semaine dans la selva parmi les kichwas

¡Alipuncha! C'est le bonjour en Kichwa (Quechua en espagnol). Après une semaine d'attente, vous êtes peut-être impatients de connaître notre aventure dans la forêt amazonienne, loin du confort de notre vie occidentale et entourés de paysages somptueux et d'animaux bizaroïdes...

Après 7h de bus pour parcourir les trajets Quito-Tena, où commence l'Oriente (Amazonie) et Tena-Ahuano, nous embarquons dans une pirogue sur le fleuve Napo, puis nous marchons à travers la fôret jusqu'a rejoindre la communauté de Río Blanco, au sein de laquelle nous allons séjourner. On est d'abord accueilli par un orage ( n'est pas dangereux de marcher dans une forêt quand il tonne?) avant d'être accuilli par la famille Yumbo: Veronica et Ventura, les parents ont 7 enfants, dont 3 vivent à Río Blanco: Javier, Ilver et Shila, la petite dernière de 3 ans. La maison est en bois, avec beaucoup de trous et beaucoup d'insectes, sans fenêtres (comprenez : sans chassis ni vitres), et la cuisine se fait au feu de bois. Depuis un mois, la famille bénéficie de 2-3 heures d'électricité par mois, depuis que Ventura a acheté un petit groupe électrogène qui permet d'éclairer la cuisine et l'atelier pendant l'heure du souper (la nuit tombe à 6h ici). Le rez-de-chaussée sert d'atelier et de rangement du materiel (outils, bois,...) et accessoirement de poulallier. Hé oui, tout est ouvert donc les animaux peuvent entrer, tant les poules que les serpents...
La maison de la famille qui nous accueille
Fanny en extase devant les murs en quasi papier-maché
Javier et 2 de ses boas constrictors !
Lors de notre première ballade avec Javier et Ilver, nous trouvons un caracol (escargot) gros comme ma main! Veronica l'a cuisiné (après l'avoir ébouillanté vivant). D'habitude je ne suis pas très difficile avec la bouffe (pas encore malade depuis un mois, touchons du bois, alors que je n'hésite pas à mager et boire dans les buis-buis), cette fois j ai vraiment eu du mal à avaler l'escargot. Faut dire que l'aspect "boyaux" et surtout intérieur des boyaux ne mettait pas l'eau à la bouche; et la bave et le côté caoutchouteux ne m'ont pas encouragée à achever tout le plat (j'ai donné la fin discrètement à Javier, pas mécontent d'en avoir un peu plus).
Romain s'apprête à manger notre première "rencontre"
Pendant cette semaine, nous avons alterné travail et loisirs: récolte du cacao, de la yuka (manioc), du maïs, de coeur de palmier et des fruits de la selva (uvas, guavas, ananas, bananes, papaye), orpaillage, pêche, cuisine, baignade, artisanat... et même menuiserie! En recoltant le cacao, Javier parvient à attrapper un armadillo. Très bon quand il est grillé! Shila, à 3 ans, est déjà capable de récolter la yuka, de chercher de l'or et de balayer la cuisine!
Javier explique à Fanny comment récolter le cacao

Veronica casse les coques de cacao tandis que Shila mange la pulpe des grains

Retour des "cultivateurs", machette à la main et paniers remplis

Ilver et Romain portent les paniers à la manière kichwa

L'armadillo, deuxième rencontre bizaroïde, deuxième souper !

Fanny s'est évidemment essayé à l'orpaillage (et a trouvé la plus grosse paillette !)

Romain se met à la pêche (et il prendra trois poissons-chats !)
Niveau cuisine, justement, j'ai appris à éplucher les patates avec un couteau énorme et ce dans le noir (eh oui, en attendant que Ventura lance le groupe électrogène, on se débrouille comme on peut à la lueur d'une simple bougie), à étriper un poisson, à cuisiner la banane plantin, à cuisiner des poissons de rivière minuscules... Ca m'a rappellé quand Brice pêchait des poissons qu'on donnait à manger au chat car ils étaient tout petits. Ici rien ne se perd, tout se mange! On mange des poissons de 5 cm de long; on croque les os du poulet pour en dévorer la moëlle. Petite anecdote: je brosse la cuisine après avoir broyé du maïs pour en faire une boisson (j'en avais mis partout) et je demande à Veronica s'il y a une ramassette. Elle me répond: "mets les crasses à travers les trous du plancher, pour les poules..."
Romain, Javier et Ilver déjeunent dans la cuisine ...

Préparation de la chicha (alcool à base de yuca)

Fanny broye le maïs pendant que Veronica s'occupe de ses casseroles sur le feu

Ilver prépare la soupe
La séance de menuiserie n'était pas triste non plus! Je vous raconte... Pour la grande assemblée qui aura lieu en janvier, la communauté a besoin de nouveaux bancs. Du coup tous les hommes, et moi, s'y sont mis. En tout, on a fait 20 bancs et une table, et ce en une matinée. Par contre, mon prof de menuiserie deviendrait fou ici! On cloue, scie et tronçonne à... pieds nus. Alors finalement ne pas scier d'équerre n'est pas vraiment une priorité...
Dans l'église du village transformée en atelier de menuiserie, les bancs se multiplient rapidement
Pour ceux qui cherchent un bon moyen pour arrêter de manger du chocolat, lisez ceci : savez-vous que quand on récolte le cacao, chaque cosse de cacao passe d'abord par la bouche d'un des cultivateurs? Et oui, autour du grain, il y a une pulpe un peu sucrée que l'on suce avant de rejeter la fameuse graine, qui ensuite va fermenter pendant plusieurs jours au contact de divers insectes... Et l'odeur âcre qui se dégage de la fermentation du cacao (Veronica l'a fait sêcher devant la fenêtre de notre chambre, sur le plancher) ne donne pas l'eau à la bouche. Enfin il me faudra plus que ça pour ne pas mager de chocolat...

Ce séjour dans la selva m'a donné la bouffée d'oxygène dont j'avais besoin. Quel plaisir de vivre en groupe, de manger ce qu'on a récolté, de revenir aux choses simples de la vie finalement.
Ventura et la petite Shila reviennent au village

La petite Shila et sa grande soeur d'une semaine

Cependant, la vie est parfois difficile au sein de la communauté. Les conditions sont rudes. Veronica, 48 ans, âge de ma maman, en paraît 20 de plus. Sa maman, 98 ans, vit alitée depuis 4 ans dans la maison d'à côté; elle ne peut plus bouger et ici les chaises roulantes n'existent pas. Et puis il y a l'histoire de Carmen, mon âge, qui me raconte son histoire la larme à l'oeil. Déjà maman de deux petites filles de 8 et 6 ans, elle ne trouve pas sa place entre l'envie des conditions de vie de la ville et la vie au village qu'elle a quitté il y a longtemps avec ses coutumes et traditions qu'elle oublie peu à peu avec son compagnon macho. Elle est revenue vivre au village, faute de trouver du travail à la ville, et a laissé ses deux petites filles à sa maman, car selon son compagnon (elle insiste : ce n'est pas son mari, il ne veut pas se marier), l'enseignement dans le village n'est pas bon. Sa lueur d'spoir : aller vivre dans la région de Manabi (province du sud-est du pays où l'on retrouve notamment Puerto Lopez et le parc Machalilla), d'où vient son compagnon, et ouvrir un petit commerce là-bas. Elle se rassure elle-même: "ce sont des gens bien, sa famille, ils ont une voiture..."

Fanny

PS : une dernière anecdote pour la route ... et en parlant de route : quand les pluies diluviennes s'abattent sur le village (comme c'est arrivé mardi soir), voilà ce qu'il peut arriver ... :
Le rio a tout emporté sur son passage... même la route !

mercredi 23 novembre 2011

Aux portes de la selva

Pour quitter Quilotoa, nous expérimentons de nouveaux compagnons de route (voir ci-contre) ! Heureusement, le voyage ne dure que 15 minutes et les 5h suivantes se font à bord de bus munis d'un certain confort (enfin, ça dépend lesquels ...)

Depuis dimanche après-midi, nous sommes arrivés à Baños, sur la route entre Ambato et Puyo. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ici, nous trouvons quelque chose de différent à de nombreux points de vue !


En effet, tout d'abord au niveau végétation, on a troqué les sommets ensablés et enneigés des volcans pour les portes de la selva, verdoyantes de végétation qui font la transition entre la Sierra et la forêt amazonienne.

Cela change aussi au niveau de la population locale. En effet, sur les trottoirs de cette petite station thermale, on croise autant de touristes européens, américains ou australiens que de locaux. L'anglais est d'ailleurs d'avantage parlé ici que l'espagnol ! Pas très drôle (ce qui énerve carrément Fanny vu son niveau d'anglais) mais le coin est plutôt joli.

Lundi, nous avons loué des vélos pour faire la route des cascades, jusque Rio Verde et sa fameuse Pailen del diablo. Une cascade impressionnante, vivifiante tant l'eau éclabousse les alentours. Ce petit tour, nous l'avons fait, par hasard, en compagnie de Jarmo, agent des douanes finlandaises en vadrouille en Amérique latine depuis cinq semaines. C'est d'ailleurs d'amusant de voir le gaillard blondinet, placide et on-ne-peut-plus calme dans cet environnement chaud.

Romain et notre ami finlandais d'un jour

Car oui, il fait chaud ! Le soleil est bien présent et nous en profitons pour nous rendre ensuite à la piscina de la virgen, bassin de plus de 50 degrés dont l'eau descend directement du volcan voisin, le Tungurahua (qui, paraît-il, pourrait détruire Baños en moins de quinze minutes en cas d'éruption !) ! Presque trop chaud ! Et rempli de composants aussi étonnants qu'improbables : cuivre, cyanure, chrome ... en toutes petites quantités, rassurez-vous ...

Le lendemain, nous prenons la direction de Puyo, ville charnière de l'Oriente, d'où partent de nombreuses expéditions dans la selva. La ville n'est franchement pas très belle mais nous trouvons tout de même au Nord un parc botanique, le Parque Omaere, où Luis, un indigène de la culture shuar, nous prèsente de nombreuses plantes de la forêt amazonienne et quelques unes des coutumes des tribus (les comunidades) la peuplant (du moins sur le territoire équatorien).

Au-delà de la (longue du fait de nos questions) visite guidée traditionnelle, c'est dans un débat plus politique que Luis nous emmène. Il nous explique par exemple que le gouvernement de Correa rétribue les tribus indigènes à hauteur de 30 USD annuels par hectare de forêt conservé ! Bien insuffisant pour faire vivre toute une communauté qui se voit obligée de se tourner vers la vente de bois, qui lui rapporte beaucoup plus. A cela, le tourisme est une réelle alternatrive et Luis est en train lui-même de mettre sur pied sa propre petite organisation de tourisme au sein de sa communauté. Mais cela demande beaucoup de temps, d'argent et d'efforts.

La suite aurait du nous mener aujourd'hui dans des ballades sur les hauteurs de Baños, mais le petit Romain a mal au ventre ! Il ne supporte apparemment pas la... pizza d'hier soir ! Cette fois, c'est dit, on arrête la bouffe européenne !

Fanny & Romain

PS : les frais postaux de cartes postales pour l'Europe coûtant plus de 2 USD la pièce, vous vous contenterez du blog pour le moment ... !!